| C’est une coutume pour Mahamat Kaka de faire à chaque fête musulmane, une déclaration sur l’état du pays. Rentré fraîchement du pèlerinage à la Mecque, le chef de l’Etat s’est mis dans l’habit d’un vrai ouléma face aux membres du Conseil supérieur des affaires islamiques. |
Tout le long de sa déclaration, Mahamat Idriss Déby ne fait qu’appuyer ses propos avec les versets coraniques. Selon lui, le Tchad est désormais entré de plein pied dans la 5ème République. Et que la République doit se débarrasser de toutes les pratiques qui ternissent l’image du Tchad tant à l’intérieur, que hors des limites territoriales. « De même, ceux et celles qui entravent la marche du Tchad vers le progrès en se livrant aux
| détournements des ressources publiques, sachent qu’ils seront poursuivis résolument et que la loi de la République les frappera sans la moindre pitié. », a-t-il déclaré.
A cet effet, il instruit le gouvernement et les institutions compétentes à prendre les mesures appropriées et les appliquer pour combattre avec force et vigueur toutes formes de corruption d’où qu’elles viennent. Mais on a l’impression que le chef de l’Etat se moque du peuple. Car, si les maux qui gangrènent le pays et qu’il ne cesse de dénoncer, sont pour la plupart, posés et entretenus par les gouvernants eux-mêmes. La responsabilité première lui incombe, puisque c’est lui le dépositaire du pouvoir régalien et c’est à lui de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur. Mahamat Kaka se fait passer pour un dirigeant intègre et qui a la crainte de Dieu. Par contre, dans l’exercice de ce pouvoir, c’est tout le contraire qu’il sert au peuple dont il prétend se soucier de son bien-être. Incapable de gérer le pays dans la règle de l’art pour la satisfaction de tous, le président de la République sollicite le concours des oulémas afin d’amener tous les fidèles à se conformer aux valeurs d’intégrité et de probité enseignées par l’islam. Alors, la gestion des affaires républicaines relève-t-il de la responsabilité des chefs religieux ? |
La leçon de civisme ne s’enseigne pas dans une mosquée ou dans une chapelle. Quel est donc le rôle de l’école de la République, qui est le lieu indiqué pour enseigner les vertus de la citoyenneté à un peuple. Même si la religion a pour mission l’enseignement de la morale et de la vie spirituelle aux hommes, il n’est pas de la responsabilité des
| oulémas de se substituer aux autorités publiques afin d’amener les citoyens à se conformer aux lois de la République. Que chacun prêche dans sa chapelle et non mêler la religion à la gestion des affaires d’un Etat qui se dit laïc.
Plus grave, au lieu de se taire et se mettre plutôt au travail pour débarrasser le Tchad du népotisme, de la corruption, de l’injustice, des conflits inter communautaires, de la misère et du sous-développement, de l’exclusion d’une catégorie des Tchadiens dans la gestion du pays, le président s’est aventuré davantage sur le sentier religieux, en appelant ses coreligionnaires à cultiver l’unité et l’amour de son prochain et éviter d’être la cause de la discorde religieuse. « Les musulmans doivent transcender leurs différences idéologiques pour vivre en parfaite harmonie en respectant les textes de la République qui doivent s’imposer sur tous. Ils doivent prendre l’exemple sur nos compatriotes issus d’autres confessions, qui eux-mêmes, possèdent plusieurs formes de croyances, mais pratiquent leur religion dans l’entente et le respect mutuel. », a-t-il prêché. D’après Mahamat Idriss Déby, l’islam prêche la paix et le vivre ensemble. « Et vous, en tant que oulémas de la nation, vous devez prêcher sur la cohésion entre les musulmans, et entre les Tchadiens de façon générale. Ayez peur de Dieu car tout le monde sera jugé au jour du jugement dernier par rapport à ce qu’il aura fait ici-bas. », parole d’un ‘’président-imam’’. |
Le chef de l’Etat de poursuivre dans son sermon, que la dépravation des mœurs demeure une amère réalité dans au Tchad. Et le constat qui lui saute aux yeux, est que, ceux qui volent à main armée, violent et pillent les ressources du pays, sont des personnes
| égarées, dépourvues d’éducation morale et religieuse.
Pour Mahamat Kaka, l’islam comme toutes les religions, interdit ces pratiques malsaines et contraires à la morale et à la foi. C’est pourquoi, en leur qualité de leaders religieux, les oulémas ont à la fois l’obligation morale et le devoir civique de s’investir pour que chacun vive dans la dignité et à la sueur de son front dans une République stable où il y aura la concorde nationale. « Les dignitaires religieux doivent s’armer de courage et de persévérance pour poursuivre et parfaire cette importante mission de sensibilisation en exhortant les fidèles à l’éthique, à la piété, à l’intégrité et au patriotisme. Partout et à tout temps, vous devez appeler les Tchadiens à l’unité, à la paix et au vivre ensemble dans le respect des lois de la République. Œuvrons ensemble pour que les fils et les filles du Tchad vivent en parfaite symbiose, se donnent les mains pour avancer et construire un Tchad meilleur. », a-t-il déclaré. En outre, il a profité de l’occasion pour demander pardon sans autant se débarrasser du sentiment d’intolérance qui l’habite : « Aussi, nous devons savoir pardonner et nous faire pardonner […] Je profite de cette journée bénite pour pardonner et demander en retour votre pardon. Il ne peut avoir un meilleur avenir sans le pardon, l’unité et la tolérance. » |
Par ailleurs, le chef de l’Etat dit continuer à tendre sa main à ceux de ses compatriotes qui souhaitent la saisir pour qu’ils puissent ensemble, sans aucune exclusion, construire leur cher et beau pays. Car le pardon, le dialogue et l’inclusion restent pour lui une boussole qui doit guider le chemin de la refondation
| du Tchad qui a tant souffert des maux qui n’ont fait que retarder son essor, alors qu’il dispose d’énormes potentialités.
Enfin, Mahamat Idriss Déby appelle les hommes et les femmes en charge de la justice, à plus de fermeté et à plus de rigueur dans l’application de la loi contre les auteurs des crimes et infractions qui troublent la tranquillité de ses compatriotes et qui compromettent leur sécurité. Il faut souligner que les dirigeants tchadiens sont excellents en matière des discours alléchants qui laissent croire que le pays ne peut se construire qu’à travers des paroles et non par des actions concrètes. |
Michael Namala

