L’ère de la terreur et du business carcéral sous Ali Mahamat Moumine
Alors qu’il vient à peine de prendre ses fonctions, le nouveau Directeur de la Maison d’Arrêt et de Correction de Klessoum (MACK), Ali Mahamat Moumine, est déjà au cœur d’un scandale sans précédent. Entre extorsion systématisée, entrave aux soins médicaux et mépris de la dignité humaine, la gestion du nouveau promu transforme ce centre pénitencier en une véritable entreprise de rançonnage, au péril de la vie des détenus. Enquête.
À Klessoum, le droit de respirer un air moins vicié a désormais un prix. Selon des témoignages concordants, une véritable ‘’mafia du sommeil’’ s’est installée. Le mode opératoire est simple : l’intimidation. Pour éviter l’entassement dans des cellules insalubres et obtenir le droit de dormir sous les bâches, à la réserve, à la mosquée ou à l’église de la prison, les détenus sont sommés de verser entre 50 000 et 75 000 francs C.F.A (nous détenons la liste de ceux qui ont payé pour réintégrer ces quartiers). Cette ‘’taxe de sommeil’’ est donc devenu un racket à ciel ouvert. Si les détenus de la mosquée ont accepté de peur d’être entassés dans les cellules, ceux de l’église ont catégoriquement refusé de payer cette ‘’taxe de sommeil’’ et menacent d’aller tous dans les cellules que de payer cette somme. Dépassé, le directeur s’est retracté.
Non content de cette première collecte, le directeur aurait activé un second levier via un ‘’chef de cours’’ chargé de prélever 5 000 francs C.F.A par personne. En moins de trois mois, les sommes récoltées se chiffreraient déjà en millions de nos francs, ponctionnées sur les familles des détenus souvent déjà plongées dans la précarité.
D’après nos sources, le Ministère a envoyé les inspecteurs pour fouiller à la MACK, non seulement sur le fonds mais aussi sur le comportement de ce dernier. Chose faite ! Mais, le rapport n’est pas encore rendu public. Mais, pour se justifier, le directeur aurait fait savoir aux inspecteurs qu’il a installé les caméras de surveillance avec l’argent que les pauvres détenus ont payé. Dans les coulisses, on nous fait savoir que le fournisseur a même déposé une plainte contre le directeur de la MACK pour avoir le reste de son argent. Finalement, en date du 5 janvier 2026, M. Ali Mahamat Moumine a été entendu à la police judiciaire, sur plainte du commerçant fournisseur. Et, alors que l’affaire suit son cour, ce dernier intimide et menace son fournisseur qu’il va l’envoyer à la Maison d’Arrêt de haute sécurité de Koro-Toro. A-t-il besoin de menacer un commerçant qui ne réclame que son dû ?
En plus, selon ses collaborateurs, le directeur actuel de la MACK ne collabore pas avec d’autres services.
Le quartier VIP : Une bourse aux privilèges
Le quartier ‘’VIP’’, théoriquement réservé à une catégorie spécifique de détenus pour des raisons de sécurité ou de rang, est devenu le fonds de commerce personnel d’Ali Mahamat Moumine. En vidant d’abord les lieux sous prétexte de ‘’réorganisation’’ – laissant seulement une vingtaine de personnes sous prétexte que c’est réservé pour les personnalités – le directeur a créé une rareté artificielle. Résultat : pour réintégrer ces cellules moins austères, les détenus — y compris des criminels n’ayant aucun profil VIP — doivent payer le prix fort, entre 150 000 à 350 000 francs C.F.A par tête de personne (nous détenons une liste avec les montants). La sécurité judiciaire s’efface devant le profit personnel.
Une gestion mortifère : Le décès d’A.H.H et consorts, et le sabotage de l’infirmerie
L’avidité du directeur ne s’arrête pas aux finances ; elle touche à l’intégrité physique des prisonniers. Le 20 décembre 2025, le décès du prévenu A.H.H (42 ans) dans la cour de haute sécurité a jeté un froid polaire sur l’établissement. Les témoignages indiquent que le directeur aurait entravé l’action du corps soignant, empêchant une prise en charge qui aurait pu sauver des vies.
L’autoritarisme du directeur s’est également manifesté par la suspension arbitraire de la pharmacienne, Arial Abdoulaye, pour ‘’manquement professionnel’’, le 18 décembre 2025, suite à un refus légitime de procéder à un inventaire nocturne et hors procédure (parce qu’il faisait nuit). En fermant hermétiquement la pharmacie à cause de cette suspension, Ali Mahamat Moumine prend en otage la santé de tous les détenus. La tension est telle que le ministre de la Justice, Dr Youssouf Tom, a dû intervenir personnellement pour négocier avec un staff médical excédé et prêt à démissionner.
Pour rappel, Ali Mahamat Moumine a été nommé par l’arrêté N°123/PR/PM/MJDH/SE/SG/DGAPRS/2025 du 17 novembre 2025, portant nomination des Directeurs dans les différentes Maisons d’Arrêts du Tchad, signé par le ministre de la Justice et des Droits Humains, Dr Youssouf Tom.
La nomination de ce dernier, déjà suspendu par le passé à la prison de Sarh pour des faits similaires – jusqu’à là pas encore réhabilité -, interroge sur les critères de sélection des cadres de l’administration pénitentiaire. Il est donc temps de s’interroger : Comment un responsable au passif aussi lourd peut-il se voir confier la plus grande prison du pays ?
Aujourd’hui, la MACK bouillonne. Entre le racket organisé, l’asphyxie des services de santé, la situation est une poudrière. Si le Ministère de la Justice ne prend pas des mesures radicales pour trouver une solution et mettre fin à ces abus, c’est l’autorité de l’État elle-même qui finira derrière les barreaux de l’indignité.
Tout en sachant que le ministre de la Justice et des Droits Humains, Dr Youssouf Tom est trop regardant dans la gestion des Maisons d’Arrêt du pays, les détenus espèrent qu’il mettra fin à leur calvaire. Etant un homme de droit ayant exercé dans les tribunaux, le ministre Youssouf Tom est mieux placé que quiconque, pour régler la situation, non seulement à la MACK mais aussi dans plusieurs maisons carcérales du Tchad où ces mêmes pratiques se passent.
Affaire à suivre.

